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Rapport de la commission d’enquête/Annulation du concours au profit du Mef : Les révélations de l’ex ministre Kora Zaki PDF Imprimer Envoyer
Écrit par Fraternité du 22/04/2014   
Mardi, 22 Avril 2014 11:26

L’ex ministre de la fonction publique, Mèmouna Kora Zaki fait à nouveau parler d’elle. Dans un entretien accordé à Canal3 Bénin, elle se prononce sa responsabilité et celle de ses collaborateurs par rapport au concours annulé au profit du Ministère de l’économie et des finances (Mef) annulé... Sans langue de bois, Mèmouna Kora Zaki, tout en appréciant la décision prise par le chef de l’Etat et le conseil des ministres de mettre fin à la polémique en annulant ledit concours, a souhaité qu’avant tout, que chaque Béninois, quel que soit le poste qu’il occupe, joue sa partition dans le respect des textes et de l’observance de la célérité à accorder aux dossiers de la nation. Aussi, n’a-t-elle pas manqué de se prononcer sur la crise sociale.

Il y a quelques semaines, le gouvernement a décidé d’annuler le concours que vous avez entre-temps organisé. Est-ce que vous vous attendiez à ce dénouement ?
Je vous remercie monsieur le journaliste d’être venu me voir à mon domicile, pour m’entretenir sur ce sujet qui a fait couler beaucoup d’encre et de salive. Je vous en remercie, surtout en ce jour de Pâques. Je crois que le Seigneur a déjà béni cette visite. Par rapport à l’annulation du concours organisé au profit du Ministère de l’Economie et des finances, je voudrais d’abord saluer en toute honnêteté le Président de la République, Son excellence le Dr Boni Yayi pour ce qu’il fait à l’endroit de la nation. Je voudrais le remercier parce qu’il a mis l’intérêt général au dessus de tout ce qui prévaut. Au nom de l’unité nationale, le Président de la République a entériné la proposition faite par la commission d’enquête et a accepté que le Conseil des ministres entérine l’annulation des concours faits au profit du ministère en charge des finances. Je le remercie sincèrement parce que l’enjeu était de taille, parce que c’était une des revendications des travailleurs. Vous avez vu comment la paix a été menacée. Et avec cette annulation, vous avez vu comment la paix est revenue. Cela veut dire que le Président de la République a à cœur la paix et l’unité nationale. C’est vraiment le lieu de le remercier. Je tiens également à remercier les membres de la commission qui ont travaillé d’arrache-pied pour sortir les conclusions issues de leurs enquêtes. Tous ceux qui ont pris part à l’organisation de ce concours ont été écoutés. Ils ont mis en exergue les tares de l’administration publique et le non respect des textes. Et c’est ce qui prévaut depuis toujours. Malgré les grandes décisions de la Conférence des forces vives de la nation qui a beaucoup insisté sur la moralisation de la vie publique, on constate que l’administration traîne beaucoup sur le non respect des textes. Et c’est cela qui a prévalu. Il n’y avait pas une faute du ministre de la fonction publique que j’étais. Mais les textes n’ont pas été respectés délibérément. C’est pour cela que tout le monde doit se sentir concerné par les conclusions de cette commission. Pour que les textes soient respectés, il faut que chacun joue son rôle. Si vous envoyez un acte quelque part et que cet acte, au lieu de revenir deux jours après, fait un mois, où se trouve la responsabilité du ministre ? Il faut qu’on se parle.

C’est vrai que vous remerciez le Chef de l’Etat, mais cette décision vous a-t-elle surprise ?
Je m’attendais à cette décision d’annulation du concours. Je vous ai dis pourquoi nous étions dans une situation de trouble social. Cette revendication des syndicalistes était de taille. Mais le Président de la République s’est mis au dessus de la mêlée. Si c’est par rapport à la paix sociale, je ne trouvais pas de problème à ce niveau.

Si on doit revenir aux textes qui n’ont pas été respectés, l’acte donnant convocation des candidats a été pris tardivement. Qu’est-ce qui justifiait cela ?
C’est ce que je viens de dire. Si chacun ne sait pas ce qu’il doit faire, c’est ce à quoi nous allons toujours assister. Vous avez un acte et vous ne décidez pas seul. Il y a deux ministères qui organisent ce concours. Un arrêté interministériel doit être pris au moins quatre mois avant l’organisation des concours. Vous envoyez l’acte au second ministère. L’acte est bloqué et pourtant, vous continuez d’envoyer. Les collaborateurs disent qu’il y a telle faute ou telle virgule qu’il faut corriger. On corrige. Après, on dit qu’il y a d’autres erreurs. C’est ce qui s’est en réalité passé. De ce fait, j’ai dit que je ne voudrais plus prendre des actes à titre de régularisation. C’est ce qui se faisait avant mon arrivée. Les actes de concours étaient pris à titre de régularisation. Il faut qu’on cesse. C’est pourquoi j’ai dit, je ferai tout possible pour que tous les arrêtés ministériels sortent avant l’organisation des concours. Mais j’ai été bloquée. Toutefois, j’ai dû faire un effort pour que ça sorte au moins.

Lorsque les éléments n’étaient pas prêts juridiquement, pourquoi n’avez-vous pas décidé d’attendre que tout soit parfait avant d’organiser le concours ?
La procédure, c’est qu’au moment où vous envoyez l’acte, vous poursuivez le processus, puisque ce n’est pas un seul acte. On se dit que tous devraient jouer leur rôle. Dans cette logique, nous avons envoyé l’acte depuis plus de 4 mois et nous avons continué notre travail. J’ai envoyé le projet d’arrêté depuis le ministre Mathys, parce que c’est elle qui a demandé à organiser le concours. Elle est partie, le Ministre Gbian est venu en avril 2012. Si mon projet d’arrêté était là-bas depuis un moment, où se trouve ma responsabilité ? Mais je disais à chaque fois à mes collaborateurs que nous devons avoir l’arrêté avant les concours.

Il y a eu trois points qui ont été soulevés par la commission. A part ce point lié à l’aspect juridique, quels sont les autres points ?
Tous les autres points sont liés au non respect des textes. C’est des arrêtés et décisions qui ne sont pas pris conformément au délai prescrit par le statut général.

Bien avant le travail de la commission, quand les grognes ont commencé au sujet du concours, tout ce qu’on entendait dans la presse était lié à une fraude, à la substitution des copies, aux actes de favoritisme etc... Est-ce que les travaux de la commission les ont balayé du revers de la main ces accusations ?
Vous vous rendez compte que dans les conclusions de la commission, il n’y a pas eu de preuves qui stipulent qu’il y a eu favoritisme. Il n’y a pas de preuves qu’un candidat n’aurait pas composé>

La commission a dit que ce qui a été vraiment déplorable dans l’organisation de ce concours, c’est le volet juridique. Et quand ça ne va pas, ce n’est pas la peine. Les choses qui se disaient n’étaient pas fondées. Si c’était fondé, ce n’est pas la 1ère fois qu’un concours a été organisé au Bénin. On voyait comment cela se faisait. La preuve, j’ai organisé les concours des magistrats au profit du ministère de la justice. Le concours a été fait dans de bonnes conditions. Et personne n’a parlé. Les accusations selon lesquelles il y a assez de gens du nord, il n’y en avait pas dans le concours des magistrats. Aucun fils du nord n’était admis. Ici, c’est l’inverse. S’il y a eu quelques enfants du nord qui étaient admis, je ne sais pas pourquoi on crie. Au-delà de tout, je voudrais que nous fassions preuve de retenue, car ce qui a été dit ne va pas en faveur du développement du pays. Les gens du nord ne sont pas moins intelligents que ceux du sud. Il faut qu’on évite à tout prix le régionalisme.

Il a été également dit dans la presse que certains candidats étaient très proches de quelques autorités du pays. Est-ce vrai ?
C’est ce que je disais. Si on veut faire des commentaires par rapport à des candidats qui sont reçus à un concours, il faut le faire tout le temps. Il ne faut pas le faire pour un concours ciblé. On a fait un concours au profit des magistrats. Mais n’y avait-il pas des candidats qui étaient très proches des autorités ? Il y en avait. Pourquoi n’en avait-on pas parlé ? Pourquoi c’est ici qu’on veut en parler ? C’est ça le vrai problème. Voudra-t-il dire que quand le candidat est proche du ministre, il ne doit pas réussir ? Je ne crois pas.
On a aussi vu des enfants des syndicalistes qui sont reçus dans des concours. Faut-il les recaler parce qu’ils sont enfants de syndicalistes ? Pourquoi refuse-t-on aux enfants des ministres et des Directeurs de cabinet de réussir ? Il faut qu’on taise vraiment les querelles intestines.

Deux résultats portant votre signature ont été publiés. Reconnaissez-vous les faits ?
Permettez-moi de dire qu’il n’y a jamais eu deux signatures de deux résultats. Je n’ai jamais signé deux fois le communiqué proclamant les résultats. J’ai signé une seule fois. Je l’ai assez dit. Que s’est-il passé ? Le ministre est coordonnateur de toutes les activités. Le ministre n’est pas l’opérationnel. Pour faire les concours, il y a des jurys, des commissions. Après que tout soit passé, on vient me présenter le travail final. Après être rassuré, le ministre signe. Les collaborateurs qui sont dans l’opérationnel constatent après la signature du ministre qu’il y a une erreur. Le collaborateur en question n’a plus idée de ce qu’il doit notifier au ministre qu’il y a une erreur. Il a corrigé de lui–même. Ceux qui avaient déjà le 1er communiqué l’ont sans le nom de celui qui a été omis. Après avoir mis le vrai nom, le second document a été balancé. Celle qui s’est sentie opprimée a trouvé que le ministre a signé deux fois, parce qu’il y a un 1er jeu où il y a son nom et un second où il n’y a pas son nom. Ce que j’ai défendu dans le temps. Le collaborateur quant à lui a reconnu que le ministre n’a jamais signé deux fois. Il a juste enlevé la 2ème page qu’il a substituée à la page corrigée. C’est ce qu’il a fait. Nous le lui avons reproché. Quand il y a erreur, il y a une procédure, puisque le communiqué qu’on devait afficher était sous réserve de vérifications. On devrait faire des vérifications pour voir les agents ciblés, les Ape qui ont passé une fois encore le concours. Il fallait vérifier tout cela. Pendant qu’on faisait ces vérifications, on pouvait régler le cas. Mais le collaborateur s’est empressé. Mais pour qu’il y ait plus de transparence, j’ai demandé aux jurys de me confirmer si tel nom est reçu ou pas. Le Jury dit que le nom substitué est celui fait par le collaborateur.
Pour lever toute polémique, je crois, le concours a été purement et simplement annulé et il ne faudrait plus qu’on s’y attarde. Ça relève du passé, et il ne faut plus qu’on cherche à creuser.

Pourquoi le ministère de la fonction publique génère souvent des conflits ?
Vous savez que c’est un ministère qui est à caractère tripartite, où on trouve les syndicalistes, les employeurs et le gouvernement. Ce n’est pas comme dans les autres ministères où les intérêts sont divergents. Chacun a ses besoins. Les travailleurs veulent des améliorations et le gouvernement les apaise un tant soit peu. Il faut quelqu’un qui soit mûr et expérimenté pour gérer ce département. Ce n’est pas facile de faire taire quelqu’un qui a faim ou qui a été licencié. Vous voyez pourquoi, il y a toujours du bruit là-bas.

Et pourtant, les syndicalistes ont décrié tout ce que vous avez fait. Quelles ont été les relations que vous avez entretenues avec les partenaires sociaux dans ce ministère ?
Je crois que les syndicalistes n’ont pas décrié tout le temps. C’est vers la fin de mon passage à la tête du ministère que les problèmes ont accru. Mes premiers jours à la tête du ministère étaient sans grande difficulté. Etant donné que les intérêts sont divergents, les partenaires disent qu’ils ne veulent pas respecter les textes, si nous abordons ce sujet avec eux. Mais, pour qu’on soit ensemble, chacun doit jouer son rôle. S’ils disent de recruter les handicapés, je leur dis que ce n’est pas de cette manière qu’il faut recruter. Pour recruter, on s’assied. Ils disent qu’il n’est pas question de s’asseoir et que c’est par le bruit qu’ils comptent régler le problème. Malgré mon appel au calme, ils n’entendaient pas reculer.

Peut-on dire que les gens ne voulaient pas de vous étant donné que vous étiez une femme à la tête de ce ministère ?
Après Feue Véronique Ahoyo, Ancien ministre du travail et des affaires sociales, Madame Koubourath Océni, ancien ministre du travail, j’étais nommée en tant que ministre du travail et de la fonction publique. J’ai donc géré deux volets. Le travail où il y a les partenaires sociaux et la fonction publique qui a besoin d’être reformée. C’est un ministère que j’ai géré, parce qu’il fallait faire des réformes. Vous connaissez les réticences que les Béninois ont par rapport aux réformes. Quand je décide qu’on applique les textes, les gens trouvent qu’il faut continuer par procéder comme avant. Je suis inspecteur du travail, je suis du milieu…

Auriez-vous continué sur la même lancée, si on vous accordait une autre chance ?
Si c’était à refaire, je vais toujours œuvrer à l’application des textes. Mais je n’appliquais pas les textes les yeux fermés aussi. Quand les syndicats m’envoient une motion de grève, je les invite pour qu’on en discute. Ils refusent catégoriquement.

Pourquoi n’étiez-vous pas écoutée ?
Les partenaires sociaux ont toujours eu ce comportement. Je n’ai pas été le premier ministre en charge du travail. Ceux qui m’ont précédée ont toujours subi la même chose, à la seule différence qu’ils étaient des hommes.

Au regard de tout ce qui s’est passé autour des concours, comment pensez-vous qu’il faut organiser les concours en fonction des erreurs qui ont été relevées ?
En fonction de ce qui a été décidé par la commission, je voudrais demander qu’on ne s’arrête pas à cette étape, parce qu’il y a encore du travail à faire. Elle a relevé que les textes n’étaient pas appliqués. Alors, elle ne doit pas s’en arrêter là, parce que ce n’est pas au niveau du ministère en charge du travail et de la fonction publique seul. C’est ce que les gens n’ont pas compris. Les gens n’ont pas compris que ces concours étaient faits conjointement. La preuve, quand je suis partie, mon successeur est venu et a continué dans le même sens. Il a fait les mêmes erreurs. Donc, les délais n’ont pas été respectés. Et, la commission doit poursuivre son travail pour remettre les travailleurs au pas. La commission doit parcourir tous les ministères. D’ailleurs, l’administration publique est un système. Quand l’un fait et que l’autre ne fait pas, les résultats sont biaisés. Quand vous respectez les textes et que l’autre ministère bloque l’arrêté, cela est ressenti. Si un maillon dans un système ne suit pas, c’est un problème. Pour cela, je voudrais exhorter la commission à poursuivre les travaux pour voir ce qu’il faut faire dans toute l’administration afin d’éviter au maximum les problèmes.

Le concours a été annulé. Malgré cela, les centrales syndicales veulent toujours continuer le mouvement de grève. Avez-vous un mot à leur endroit ?
Je voudrais d’abord saluer ceux qui ont déjà suspendu le mot d’ordre de la grève. Parce que l’enjeu en valait la peine. L’enjeu, c’est les enfants. Donc, à ceux qui ont déjà suspendu la grève, c’est le lieu de les remercier. Ils ont compris que l’intérêt général dépasse les intérêts particuliers. Du moment où ils ont eu satisfaction sur quelques revendications, ils ont suspendu. Je voudrais exhorter les autres qui maintiennent toujours le mot d’ordre de grève à suivre le pas des autres. Le Bénin est un et indivisible. Quand il y aura problème, nous n’irons nulle part. Il faut donc qu’on s’accepte mutuellement, qu’on fasse des concessions et que progressivement, on puisse régler les problèmes.

Enfin, pourriez-vous nous dire que vous êtes hors de cause en ce qui concerne le concours au profit du Mef ?
Je suis lavée de tout soupçon. La commission a dit que les textes n’ont pas été respectés. Ils ont dit qu’il y a eu trop de difficultés qui n’ont pas permis au ministre de parvenir à respecter les délais. Il n’y a pas non plus eu de fraude. Les difficultés dont je parlais étaient relatives aux délais. Donc, je suis très sereine par rapport à l’annulation de ces concours où on crie, de gauche à droite, qu’il y a fraude. Je me rends compte qu’il n’y a pas eu de fraude. Il ne s’agit que d’une procédure administrative. Il ne s’agit que du non respect des textes. Et il faut que tout le monde comprenne qu’il n’y avait pas de fraude pour ce concours.

Isac A. YAÏ, Patrice SOKEGBE