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Pour cause de mauvaise gestion de Yayi Boni:Le coton béninois toujours sinistré PDF Imprimer Envoyer
Écrit par Le Matinal du 16/04/2014   
Mercredi, 16 Avril 2014 16:16

Tous doivent l’admettre. Qu’on soit partisan ou adversaire du chef de l’Etat, il faut reconnaître que la campagne cotonnière 2013-2014 a été un fiasco, un échec lamentable. Pour une production évaluée à 306.729 tonnes, près de 108.500 tonnes sont livrées aux intempéries : stockage sans mesure de sécurité, coton en fumée ou mouillé. Le bilan est chaotique et on devrait demander des comptes à ceux qui ont été chargés de conduire cette campagne... Les intempéries auxquelles le coton béninois est livré sont devenues récurrentes depuis que l’Etat inexpérimenté dans le domaine s’est substitué au privé avisé et professionnel pour prendre le devant. Il s’agit en effet depuis un certain temps d’une situation de sinistre dans laquelle est plongé l’or blanc du Bénin. Chaque jour avec son lot quotidien de drame et de cauchemar qui s’abattent sur cette culture dont la marque béninoise est de moins en moins imposante sur le marché international. Les incendies de balles de coton se multiplient, aliénant les efforts accomplis par les paysans dans les champs à Banikoara, Nikki, N’dali, Karimama, Sègbana, Kandi, Péhunco, Djidja, bref partout où l’or blanc est cultivé. Les cas de coton mouillé ou avarié viennent compléter ce tableau apocalyptique. Ces séries d’évènements malheureux sont accueillis par l’opinion publique comme les conséquences de l’amateurisme, de l’inorganisation, de la précipitation, de la mauvaise gestion. Autant de maux qu’on observe à tous les niveaux au sein de la chaîne de commandement du pays, allant du chef de l’Etat aux divers directeurs en passant par les ministres totalement mal inspirés dans les prises de décision. On se rend compte chaque jour des errements du gouvernement dans de nombreux dossiers dont la gestion hasardeuse et aveugle débouche souvent sur des crises. C’est pourquoi, relevons-le d’emblée, pendant qu’une série de crises de tout genre frappe de plein fouet le pays, le secteur cotonnier est gravement malade. La campagne cotonnière 2013-2014 se conjugue entre désinformation orchestrée par l’Exécutif et dégâts causés par sa mauvaise gestion. Les mauvais chiffres de cette campagne que l’Exécutif s’emploie à cacher au peuple en donnant des informations mensongères et en évoquant des prouesses de producteurs de coton du président de la République et de ses ministres ne sauraient être maquillés sous le soleil.

Des problèmes de gestion

On ne saurait parler de campagne réussie, quand on sait que sur les 306.729 tonnes de coton produites, plus du tiers ne peut être vendu, soit parce que l’incendie a réduit en fumée une grande partie, soit la pluie a dû arroser des dizaines de tonnes, ou encore en raison d’autres risques encourus du fait du stationnement prolongé des camions chargés de l’or blanc. Toutes ces misères que connait le coton béninois font apparaître clairement des problèmes de gestion de plus en plus évidents aux yeux de tous, y compris ceux qui ont les commandes en main pour prendre les décisions bancales et saugrenues. Alors qu’avec le privé chassé par Yayi Boni, on ne constatait plus des problèmes qui sont aujourd’hui à l’ordre du jour. L’intervention de l’Etat a fait perdre à notre coton son label. Partout l’indignation s’exprime à ce sujet. Lorsqu’on voit de près les raisons de cette dégringolade, il ne s’agit pas que de mauvaise gestion. C’est aussi le fait de ne pas savoir séparer les guerres politiques des enjeux économiques. La situation que vit le coton béninois se trouve malheureusement dans ce sillage, où l’acharnement contre un seul homme a été déplacé sur un terrain économique qui se révèle totalement contreproductif pour le Bénin. Si le coton subit autant de tempêtes, c’est parce qu’il est exposé à des intempéries. En prenant la décision d’écarter certains professionnels privés de l’égrenage du coton graine, le gouvernement a choisi d’inviter la pluie et l’incendie à prendre en charge la production qui devrait être destinée à leurs usines. Les autres usines sollicitées pour la campagne ne peuvent à elles seules accueillir la quantité produite. Conséquence, les camions de coton qui ont quitté les champs depuis des semaines, voire des mois attendent que les premiers stocks soient égrenés pour qu’ils passent à leur tour à l’usine. C’est durant ces attentes, qu’interviennent les risques de mouillage et d’incendie. Or, il aurait suffi de mettre toutes les usines du pays à contribution pour mettre le coton à l’abri de ces intempéries et des nombreux cas de vol.

Les probables causes des incendies

En vérité, le gouvernement a choisi d’assassiner la filière, puisque non seulement il n’a pas pris toutes les dispositions idoines pour égrener le coton produit, mais également il a eu le courage d’augmenter les risques de pertes de tonnages. De quoi s’agit-il ? En effet, si le gouvernement avait pour souci d’égrener toute la production, il mettrait à contribution toutes les usines dont la capacité totale avoisine les 600.000 tonnes. Ainsi, on aurait évité d’exposer le coton aux pluies. De même, on aurait réduit la marge des inconvénients liés au stockage qui ont pour nom : risques d’incendie lors des déchargements et des chargements des camions. Les causes des incendies sont souvent multiples. Ils sont parfois provoqués par les pots d’échappement des camions non munis d’embout. Dans d’autres cas, les incendies déclarés sont causés par des étincelles émanant des batteries des camions. Cela survient également pendant le chargement et le déchargement des flacons de coton. A cela, il faut ajouter les cas provoqués suite au contact entre les mégots de cigarette jetés par des usagers et le coton. Ce type d’incident se produit souvent lorsque les stocks de coton sont constitués en plein air, en vrac et non loin des habitations, des agglomérations. Il faut compléter ces différents cas avec celui émanant de la montée de la température des graines lorsqu’il s’agit d’un coton qui a subi un stockage prolongé. Avec les nombreuses pertes déjà enregistrées, aucune initiative n’a été annoncée pour rechercher les causes des différents incendies. Cependant, la gestion faite de l’or blanc béninois par la gouvernance Yayi Boni fait qu’on assiste à un stockage massif et désordonné. Tout cela ne met pas ce produit à l’abri des assauts de diverses natures. En clair, le stockage pendant longtemps du coton présente d’énormes risques allant des incendies aux pertes de tonnages pour d’autres raisons. Par ailleurs, c’est le moment d’interpeller la ministre de l’Agriculture, qui au début de la campagne cotonnière avait lancé le slogan « zéro coton sinistré ». Aujourd’hui, plus de 100.000 tonnes de l’or blanc sont sinistrées. Elle doit alors déposer les charges ainsi que ses acolytes.

Fidèle Nanga