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Décision de rappel des retraités dans l’enseignement: Est-ce un choix judicieux pour le pays ? PDF Imprimer Envoyer
Écrit par Le Matin du 26/03/2013   
Mardi, 26 Mars 2013 07:06

Depuis un certain temps, il s’agite dans l’opinion publique béninoise une idée selon laquelle le gouvernement veut faire recours aux enseignements admis à faire valoir leur droit d’aller à la retraite pour reprendre la craie. Un décret serait même déjà signé par le ministre en charge de l’enseignement... Seulement il est de droit de se demander si c’est la solution à une éducation en dégénérescence ? Est-ce vraiment la solution idoine à un système éducatif qui peine à retrouver ses lettres de nobesse d’antan ?

La formule trouvée par le ministre de l’enseignement secondaire, de la formation professionnelle et technique, de la reconversion et de l’insertion des jeunes et qui consiste à rappeler les « anciens » à reprendre le chemin de l’école est bien loin d’être une solution aux nombreux problèmes qui miment le système éducatif béninois. D’ailleurs, plusieurs raisons militent en leur défaveur. D’abord, le programme qu’ils ont eu à enseigner quand ils étaient encore à la craie n’a rien à voir avec les nouveaux programmes d’études du moins dans le processus enseignement-apprentissage. Ils avaient eu affaire avec un programme où le professeur était le détenteur du savoir et qui vient juste en donner. Aujourd’hui, l’élève est au cœur de l’apprentissage et le professeur n’est là que pour l’aider à construire le savoir. A ce niveau déjà, ces retraités tant charmés ont déjà un problème. Ensuite, à l’avènement des nouveaux programmes, ils étaient déjà pour la plupart nommés dans l’administration. Ils n’ont donc pas eu le temps de côtoyer ce programme de fond en comble. Encore que si l’on suppose que les programmes n’ont pas entre temps changé, pour avoir passé tant d’année loin des réalités des séquences de classe, une chose est sûre et certaine, ils perdraient la main, même si ce n’est pas totalement. De plus il ne faudra pas perdre de vue qu’ils ont eu en leur temps affaire avec des adolescents plus ou moins contrôlables et que leur pauvre cœur de retraités ne saurait supporter certains agissements des jeunes d’aujourd’hui. Il faut avoir une grande patience avec ces jeunes et sans nul doute, ils n’auront pas ce reflexe car ils vont vouloir perpétuellement comparer les temps anciens et présents. Et bonjour les crises cardiaques ! Mais au-delà de tout et d’ailleurs la principale raison qui donne un non sens à ce décret est que ces retraités qu’on veut faire revenir dans le système étaient hier les professeurs des ces jeunes professeurs qui sont décriés, qu’on traite d’incapables. Alors, avant de revenir aux côtés de leurs anciens élèves en tant qu’adjoint après avoir passé plusieurs années en tant que directeurs ou censeurs ou surveillants généraux, il va falloir que ces retraités se posent de question. Car, à n’en point douter, ce sont eux qui ont formé ceux sur qui ils n’hésitent pas eux-mêmes à tirer à boulées rouges. Autrement, ils ont failli lamentablement à leur mission, une mission qu’on veut une fois encore leur confier aujourd’hui sans penser à leur échec  d’hier. Car il ne faut pas mâcher sur les mots, il s’agit d’un échec étant donné qu’il n’y a pas d’élèves paresseux mais que des enseignements qui ne jouent pas efficacement leur rôle dans les salles de classe. Si aujourd’hui on est arrivé à ne plus trouver des élèves dans les classes scientifiques, c’est  d’abord de leur fait. Ils ont passé toute leur vie à inculquer aux enfants que n’est pas scientifique qui veut. Ils ont terrorisé les élèves avec des évaluations où seuls les génies des génies arrivaient à s’en sortir avec une moyenne. Et c’est sur ceux là qu’on compte pour redresser la pente. S’il leur reste un peu de bémol, s’il leur reste un soupçon de clairvoyance, de dignité et de fierté, s’ils sont conscients qu’une jeunesse désœuvrée est une prote ouverte au banditisme, à la criminalité, s’ils ont été vraiment des éducateurs, il leur revient de rappeler à l’ordre ce gouvernement qui veut tuer la jeunesse en lui déniant son droit à un emploi décent. La question de l’éducation est certes une question très sensible qu’on ne saurait confier à n’importe qui. Là-dessus, les violons s’accordent. Mais on ne peut pas non plus dire que dans cette marrée de jeunes nantis des diplômes professionnels en la matière, qu’on ne puisse pas en trouver de bons, et de très bons ! La solution donc pour ce problème récurrent du système éducatif se trouve ailleurs. Que les choses se fassent dans les normes requises, que les recrutements se fassent dans les règles de l’art et à coups sûr, on mettra la main sur les jeunes voués à la tâches et pleins de vocation. Après trente ans de loyaux services rendus à la nation, les retraités n’ont plus grande chose à prouver à qui que ce soit. A priori, on pourrait penser qu’ils apporteraient quelque chose de nouveau au système. Mais ils ne sont guère des magiciens qui changeront le cours des choses avec un coup de baguette magique. Reprendre les retraités suppose également organiser des formations de recyclage à leur endroit et cela a un coût. Pourquoi ne pas investir ce fond dans la formation des jeunes capables qui pourront alors s’investir encore pour trente autres années pour la République. Personne n’a rien contre les retraités. Mais il faut reconnaître que les jeunes ont plus besoin d’emploi qu’eux et s’il y a quelque chose de meilleure à faire c’est de promouvoir les jeunes travailleurs et non les remplacer par leurs parents. En clair, ce décret est suicidaire à deux égards : accroissement du chômage des jeunes et affaiblissement d’un système éducatif déjà moribond. Il va donc falloir que les autorités ministérielles reconsidèrent la question pour donner à notre système éducatif une nouvelle orientation afin que nous sortions définitivement de l’ornière et que le Bénin retrouve son titre de quartier latin de l’Afrique.

Romain COKOU A.