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Erosion côtière à l’Ouest du Bénin: Agoué, une cité en voie de disparition PDF Imprimer Envoyer
Écrit par Le Matin du 31/01/2013   
Jeudi, 31 Janvier 2013 02:28

Située à quelques dix kilomètres de la ville de Grand-Popo, Agoué, ville reconnue comme le berceau de la catholicité au Bénin, court un véritable risque de disparition de la carte géographique  béninoise. Et pour cause, l’érosion côtière a laissé de nombreuses séquelles sur son passage. La ville historique et touristique d’Agoué, pleine de valeurs culturelles et cultuelles et de vestiges ancestraux, s’estompe peu à peu. Et d’ici 5 à 10 ans, si rien ne se faisait, Agoué va simplement disparaître de la carte du Bénin réduisant ainsi sa superficie...

Les malheurs de la ville d’Agoué proviennent d’ailleurs. En effet, les riverains semblent pointer d’un doigt accusateur les travaux qui se mènent dans les pays voisins en matière de lutte contre l’érosion ou de construction de port. ‘’ Pour moi, nos malheurs ont commencé depuis la construction du port de Tèma au Ghana. Cela s’est accentué ces dernières années car tout juste à côté de nous au Togo, les autorités, pour lutter contre l’érosion,  sont aussi entrain de mettre des épis de rochers. Ce qui fait chasser davantage les eaux vers nous ici à Agoué. Pour couper cours à cette avancée vertigineuse de la mer, il faudrait que de notre côté aussi, on puisse implanter ces épis-là d’ici jusqu’à Sèmé Kraké. Sinon, nous ne sommes pas à bout de nos peines. ’’, a tenté d’expliquer le chef du quartier Agoué II, Laurent de Souza. Certes, ces explications semblent être justes mais seuls les experts en la matière peuvent confirmer ou infirmer les déclarations de ce chef de quartier. En tout cas, cette situation a déjà causé beaucoup de dégâts.


Les dégâts enregistrés sont incalculables


Les dégâts causés par l’érosion côtière dans la ville d’Agoué sont incalculables. Il y a une vingtaine d’année, la mer se situait bien loin de l’Eglise Catholique communément appelée ‘’fadahomé’’. Et la plage était verdoyante remplie de filao et de cocotier et garnie d’habitations. Aujourd’hui ce ne sont que des reliques de ces arbres que vous verrez offrant un spectacle désolant. La mer a tout avalé. Elle ne laisse rien sur son passage. Certes, jusque là on n’a pas enregistré des pertes en vies humaines. Mais les pertes matérielles sont énormes. ‘’ Moi, quand j’étais au CE2, j’avais ma plantation de cocotiers qui s’étend sur des hectares du côté de la mer devant nos habitations. Et même pour les pêcheurs, nous construisions des hangars sur la plage. C’est pour dire qu’il y avait suffisamment d’espace entre la mer et nos habitations. Mais aujourd’hui tout se retrouve dans la mer et vous-même vous pouvez voir l’espace entre nous et l’océan. A peine dix mètres et les éclaboussures des grandes vagues atteignent même nos concessions.’’, a déploré le conseiller, Saïbou Soumanou, pêcheur de profession et natif d’Agoué. Nombreuses sont les habitations qui sont englouties pas l’océan obligeant des centaines de familles à se déplacer continuellement.  ‘’ Nous avons déjà perdu trop d’habitations du fait de l’avancée de la mer et tout récemment nous avons dû trouver de place à plus d’une quarantaine de ménage victimes des affres de l’océan’’, a insisté le conseiller, Saïbou Soumanou. Mais inévitablement, cette avancée va effacer Agoué de la surface de la terre. Il y a 20 ans, la plage se situait à moins deux kilomètres de la voie bitumée. Aujourd’hui elle n’est plus qu’à 500 mètres environs de la voie inter Etat, la seule qui traverse la ville et qui dessert tous les pays de la sous-région. Et même de la voie, on peut l’apercevoir dans ses manèges. C’est dire que d’ici cinq à dix ans, à en croire les riverains, le goudron sera dans la mer. C’est la preuve que la situation est extrêmement grave quand on sait que l’arrondissement d’Agoué qui s’étant de Nicoué-Condji jusqu’à Hilla-condji, se situe entre l’océan et un bras du fleuve Mono. Puisque de l’autre côté de la voie inter état, il faut à peine décompter un kilomètre et demi par endroit pour atteindre le fleuve. La situation est plus que critique. Lentement mais assurément, la mer avance, rongeant peu à peu la ville d’Agoué. Et les nombreux cris d’alarme lancés par les habitants et les autorités communales à l’endroit du gouvernement ne semblent pas encore recevoir un écho favorable.


Les nombreuses démarches sont restées sans suite


La situation est gravissime. Et personne ne semble s’en rendre compte. Et les populations de cette presqu’île ne savent plus à quel saint se vouer. ‘’ Nous avons mené des démarches vers la mairie. Et nous comprenons que cette affaire dépasse la compétence de notre maire. Encore que même Grand-Popo centre est rongé par la mer. Toujours est-il que les autorités communales répercutent nos cris de détresse sur les services indiqués. Mais, c’est toujours le silence plat.’’, a ajouté Laurent de Souza. ‘’ Nous sommes fatigués de toujours demander. En tant que conseiller, nous ne cessons de poser le problème au maire qui, à son tour, mène les démarches vers les autorités compétentes. Des fois, on envoie juste des missions pour voir ou pour se rendre à l’évidence. Mais après leur départ, les démarches sont à reprendre. On ne nous dit plus les résultats des études ou tout au moins ce que nous devons faire et c’est le grand silence’’, a renchéri le conseiller Saïbou Soumanou. Les populations d’Agoué ont commencé par croire que les autorités de ce pays se moquent éperdument d’elles. Car elles n’arrivent pas à comprendre qu’au Togo tout près, les gens se penchent sérieusement sur la question et que chez eux ici, on les tourne presque en bourrique. Attend-on le pire avant de réagir ? Attend-on que toute Agoué se retrouve dans les entrailles de l’océan avant de lui venir au secours ? La peur a commencé par gagner les habitants de cette ville de presque 12.000 âmes. ‘’ Je ne sais pas ce qu’on attend de nous. Que nous laissons notre ville ? En tout cas si la situation perdure, nous nous rendrons sûrement à Lomé à côté.’’, a laissé entendre un riverain dont la maison a été une fois déjà ravagée par les vagues de l’océan. En tout état de cause, les populations de la petite ville d’Agoué attendent que le miracle se réalise. Elles ont tellement coulé des larmes que cela ne dit plus pratiquement rien. Ils attendent de voir.  Mais cela ne les empêche pas de lancer des coups de gueule de temps en temps pour exprimer leurs désarrois, leurs profondes indignations face à une situation qui n’a que trop durer.


Le coup de gueule des riverains !


Mais quand on sait que la ville d’Agoué représente aussi un poids dans l’économie béninoise du fait de la présence de la frontière bénino-togolaise de Hilla-condji, on se surprend tout de même du mutisme du gouvernement face aux malheurs de cette belle cité. Si les eaux s’emparent d’Agoué, il n’y aura plus de Hilla-condji et cela va se faire ressentir à coup sûr sur notre économie et dans le même temps la superficie du Bénin se rétrécit. C’est pourquoi on peut comprendre la rancœur que les enfants de cette ville ressentent chaque fois qu’ils doivent parler de cette affaire. Et leur amertume ne n’est pas seulement à l’encontre des gouvernants. Car, loin du silence du gouvernement, les fils et filles d’Agoué qui y vivent s’indignent aussi du mutisme tout aussi coupable des cadres natifs de cette ville. ‘’ Le gouvernement a un rôle à jouer certes. Mais que font nos ainés qui sont haut placés et bien capables d’apporter quelque chose à notre ville ? Où sont-ils et que font-ils pour nous sortir d’affaire. La réponse du gouvernement sera lente. Vous-mêmes vous voyez. Depuis près de quatre ans qu’on nous parle de des épis à l’Est de Cotonou, on n’a pas encore fini. Il nous faut agir nous-mêmes si on veut vraiment faire reculer cette masse d’eau salée. Cela fait des années qu’on attend que le gouvernement agisse. Mais toujours rien. Nous devrons prendre notre destin en mains et ne plus attendre personne. Il suffit que nos nombreux ainés ici au Bénin et de la diaspora se décident et le tour est joué.’’, a déclaré un jeune enseignant natif de la localité qui a requis l’anonymat.   

En tout cas, l’heure ne doit plus être aux polémiques autour de qui doit ou ne pas agir. L’océan lui n’attendra pas. Il continue son cours normal détruisant tout sur son passage et avalant une bonne partie du territoire béninois. Agoué regorge de trop de valeurs. La perdre sera une grande perte pour la nation toute entière. Les autorités à divers niveaux et même les natifs d’Agoué capables d’agir sont donc interpelés. Il faut sauver Agoué avant qu’il ne soit trop tard !


Romain COKOU  A.(Mono-Couffo)