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Fronde sociale: Les raisons de l'échec de la grève de la Cstb PDF Imprimer Envoyer
Écrit par Adjinakou du 05/12/2012   
Mercredi, 05 Décembre 2012 06:58

La motion de grève lancée par la Confédération syndicale des travailleurs du Bénin et prévue pour démarrer hier mardi 4 décembre 2012 n'a été observée que par la plus petite partie des travailleurs membres de ladite Confédération. Cette situation vient confirmer la fragilisation dont souffrent les organisations syndicales béninoises. Elle traduit aussi le fait que face aux manœuvres du pouvoir, la conviction des militants syndicaux s'effrite...
La motion de grève lancée pas la Cstb a échoué : c'est un fait indiscutable. Difficile de prédire le sort qui sera réservé à celle du front des trois ordres de l'enseignement prévue pour démarrer dans quelques jours ; mais il est bien aisé de constater que le militantisme syndical a perdu de son essence chez les travailleurs du Bénin. Un tour fait par une équipe de notre rédaction, dans le but de faire le point du débrayage dans l'administration publique, nous a permis de recueillir quelques unes des raisons qui ont motivé le boycott des travailleurs sensés être en grève. Pour quelques-uns notamment les enseignants, ce boycott peut être justifié par le fait que les points inscrits dans la plate-forme revendicative ne reflètent pas fondamentalement les besoins des travailleurs ; D'autres évoquent un manque d'organisation et de sérieux dans le rang des responsables syndicaux ; Enfin, la plupart des travailleurs évoquent les menaces du gouvernement qui selon eux semble s'engager dans un bras de fer sans répit.

Défaut de militantisme


Plusieurs raisons peuvent, certes expliquer l'échec de la grève lancée par la Cstb qui pourtant a fait l'objet d'une communication intense. Mais il serait encore plus objectif de reconnaître de le syndicalisme au Bénin est en proie à une perte des valeurs, preuve d'un manque d'engagement face aux conséquences et effets des différents mouvements organisés par les organisations syndicales. Il a suffit d'une défalcation après grève pour que la plus grande majorité des syndiqués, avec la bénédiction de leurs responsables qui réclament justice, sans cesse et succès, se désolidarisent des prochains mouvements au risque de subir les mêmes rigueurs du gouvernement. Un phénomène qui n'a autre nom que manque de militantisme. De même, à la lecture des revendications consignées souvent dans les plates-formes, il saute à l'œil comme un délitement des valeurs citoyennes et syndicales du fait de la confusion entre syndicalisme et politique dans notre pays. D'où l'effritement de la conviction des militants qui semblent avoir perdu foi. Le ver est donc dans le fruit.

Guerre de leadership


Bien qu'imminent, un autre fait semble échapper à plus d'un. Dans la perspective des élections professionnelles à venir, il est né ce qu'on pourrait appeler une compétition de représentativité entre toutes les centrales syndicales en quête de légitimité. Si non comment comprendre que pour défendre presque les mêmes causes, deux différentes motions sont lancées par différentes organisation syndicales. Autrement, la motion de la Cstb aurait été largement suivie par les enseignants qui reportent leur débrayage pour la semaine prochaine alors que les points cruciaux de leur plate-forme revendicative à savoir la restitution des frais défalqués sur leur salaire et la revalorisation du point indiciaire figurent sur la plate-forme revendicative de la confédération. Au-delà donc de l'amélioration des conditions de vie et de travail des travailleurs, la bataille de positionnement préoccupe mieux.

Menaces et intimidations


On ne saurait passer dessus. Les libertés syndicales sont bien menacées au Bénin. C'est d'ailleurs l'aspect le plus visible de la question. Face aux menaces et intimidations du gouvernement à l'annonce des motions de grève, les organisations syndicales semblent perdre leur notoriété. C'est ce qui explique le recul des syndiqués soucieux de la préservation de leur gagne-pain. Les vérifications de présence au poste lors des mouvements de débrayage, le recours aux hommes en uniforme pour remplacer les grévistes, les menaces répétées de radiation de la fonction publique brandis à chaque fois par le gouvernement et son chef qui à plusieurs reprises a réitéré son engagement d'en finir avec le monopole et le leadership des syndicats sont autant de manœuvres qui fragilisent les organisation syndicales et par conséquent mettre en péril les libertés syndicales dans notre pays.

Toutefois, une évaluation du monde syndicale au Bénin paraît bien nécessaire pour régler définitivement un certains nombre de maux dont souffrent les luttes syndicales. Quoi revendiquer ?, quand ? et comment ? sont autant d'interrogation qui divisent régulièrement gouvernement et syndicats. En trouver des réponses justes aiderait à parfaire le dialogue social, en panne depuis peu, dans notre pays.

Vitali Boton