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Kpayo: Boni Yayi a-t-il les moyens de sa promesse ? PDF Imprimer Envoyer
Écrit par Adjinakou du 20/11/2012   
Mardi, 20 Novembre 2012 07:19

Lors de la dernière rencontre entre le chef de l'Etat et les femmes bénéficiaires des fonds de micro crédit, Boni Yayi a laissé entendre que d'ici un mois, le phénomène Kpayo sera définitivement enterré au Bénin. Mais nombre de Béninois se posent encore la question de savoir si ce vœu pourra se concrétiser vu les nombreux services que l'essence frelatée rend à la population... C'est bien dans la salle du peuple du palais de la République ce Samedi 17 Novembre 2012 que le chef de l'Etat Boni Yayi a réitéré devant les femmes bénéficiaires de micro crédit, son intention de bannir du quotidien des béninois la commercialisation de l'essence frelatée communément appelée Kpayo. Pour beaucoup de citoyens, éradiquer le Kpayo serait une bonne chose mais la question est de savoir si la Sonacop à elle seule pourrait assurer l'approvisionnement permanent aux usagers et autres clients ? Il n'est point un secret pour personne que depuis plusieurs décennies, la Sonacop, fait face à une concurrence déloyale orchestrée par l'informel. Organisée et entretenue par des lobbies tapis dans l'ombre, l'importation et la commercialisation de l'essence frelatée est indéniablement une source d'enrichissement. C'est un trafic savamment orchestré et alimenté par une chaîne d'individus, de groupes d'individus disposant d'un certain appui financier, économique voire politique. Au Bénin, c'est des personnes insoupçonnées, soutenues et parrainées par des barons politiques qui aliment ce réseau de trafic de l'essence Kpayo. C'est ainsi qu'environ un million de fûts d'essence frelatée est convoyé du Nigeria au Bénin tous les jours par des grossistes. Ces derniers sont les principaux pourvoyeurs du circuit. On a parfois comme impression que des autorités ont également leurs intérêts dans l'entretien de ce secteur qui ne fait que ruiner et consumer à petit coup l'économie béninoise. Heureusement qu'aux dires du chef de l'Etat, un programme aurait été convenu avec son homologue Nigérian pour mettre fin à cette activité. Le gouvernement béninois entend également œuvrer pour une disponibilité permanente des produits pétroliers dans les stations-services suite à la subvention de 3.000.000.000 mis à la disposition de la Sonacop. Dans le même temps, des dispositions sont prises déjà pour endiguer le mal avec le positionnement des forces de l'ordre sur toutes les berges lagunaires et autres portes d'entrée afin de dérouter les contrebandiers. Mais, ces diverses actions suffiront-elles à enrayer ce mal ? Pour beaucoup de béninois interrogés sur la question, ce combat ne sera pas facile même si le président pense œuvrer pour la reconversion des contrebandiers.
Gérys Hadégbé

·         Ils ont dit…

Serges Détona (pompiste de station Sonacop)

Le phénomène du Kpayo s'est de nos jours établi en maître. Puisque l'autorité publique n'arrive pas à enrayer les difficultés que crée ce secteur informel à notre société employeur ''Sonacop'' à travers les nombreux manques à gagner. Aucune action n'est menée non plus pour attirer de nouveaux clients et les fidéliser à la Sonacop par des politiques bien définies. On peut, peut être pensé construire plusieurs autres station service et de nouveaux sites de stockage Sonacop afin de redynamiser la maison et conquérir par une politique de prix, de nouveaux clients. Ce faisant, la Sonacop peut récupérer toute la clientèle qui se ravitaille sur le marché informel du Kpayo. Il faut donc que l'Etat prenne ses responsabilités afin de mettre fin à ce secteur d'activité qui reste une véritable bombe à retardement qui est en passe d'exploser. A cause de ceux là, nous autres nous souffrons, puisque le salaire est insuffisant. Alors que si la Sonacop devrait à elle seule desservit tout le Bénin en produit pétrolier, nos salaires seraient réguliers et revus à la hausse certainement…


Gilbert Djossou (consommateur de Kpayo)

Pour moi, l'essence communément appelée Kpayo, nous rend un peu service dans ce pays. Imaginer quelqu'un comme moi qui habite par exemple à Missérété et qui me rend tous les jours à porto/novo où à Cotonou pour mes activités. Combien de stations Sonacop y a-t-il ? Aucune, alors comment les citoyens vont-ils se débrouiller pour se déplacer si il n'y avait pas ses revendeurs de Kpayo dans nos villes et campagnes. Moi j'encourage même ceux qui font ce commerce, si seulement ils peuvent trouver des moyens pour moins risquer, tant mieux. Ils nous sont très utiles. D'ailleurs chez moi à Missérété, plus de 75% des familles se nourrissent grâce au trafic d'essence Kpayo c'est pareil à porto/novo, à Cotonou, Parakou et ailleurs...Je trouve que c'est la faute aux différents gouvernements qui se sont successivement succédés sans prendre des mesures. Il serait souhaitable que les autorités trouvent la stratégie pour convertir tous ceux qui interviennent dans cette filière illégale, les rassembler, régulariser le secteur et si possible le rendre formel et lui laisser une marge de manœuvre si tant est que la Sonacop seule n'a ni les moyens ni la capacité technique et matérielle de servir en temps réel tous les Béninois…


T. Awawou (revendeuse de Kpayo)

La commercialisation du Kpayo ne date pas d'aujourd'hui, elle existait avant ma naissance et même celle de nos dirigeants qui pensent l'éradiquer aujourd'hui. Pour moi, il va falloir qu'on nous propose d'autres activités alternatives avant de penser mettre fin à notre commerce. Plusieurs familles se nourrissent grâce au Kpayo et plus de la moitié des béninois se ravitaille chez nous, tant qu'il n'y aura pas de stations services à tous les coins de rue, les gens ne cesseront pas de s'approvisionner en Kpayo. On ne saurait donc suspendre notre activité du jour au lendemain sans nous proposer quelque chose d'autre. Veulent -ils qu'on meurt de faim ou veulent -ils encourager la criminalité et le grand banditisme ?


Gervais T. (technicien en informatique)

C'est une bonne initiative, mais une chose est de comprendre si l'approvisionnement de quelques uns des stations qui sont sur le territoire est effectif ; est-ce que l'Etat à eu le temps de créer d'autres points de vente où il n'en existe pas ? Le kpayo est un grand réseau de commerce, si le chef de l'Etat arrive à le supprimer, se serait un miracle. Cette histoire de kpayo date de longtemps au Bénin, tous les gouvernements précédant Boni Yayi qui ont tenté de finir avec l'essence frelaté, n'ont pas pu. Supprimé le kpayo au Bénin, cela va rendre la vie difficile aux usagers. Tout le monde est conscient du rôle que joue l'essence frelaté quand les stations sont fermées. Aujourd'hui on pointe du doigt le kpayo comme source d'insécurité, pour cela il faut l'éradiquer. Boni Yayi, dans son rôle à des raisons à lui seul, pour finir avec le kpayo.

Propos recueillis par Gérys Hadégbé et Alain Watchinou(stg)