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Bénin: Panique au palais, après la sortie de Patrice Talon PDF Imprimer Envoyer
Écrit par Afrika du 30/10/2012   
Mardi, 30 Octobre 2012 09:33

L'interview accordée à RFI par Patrice Talon, l'homme le plus recherché au Bénin, dans le cadre de l'affaire du présumé complot contre le président Boni Yayi, a suscité un grand émoi au Palais de la Marina, à Cotonou...

Après l'enregistrement de l'interview avec Christophe Boisbouvier, la journée du dimanche a été mise à profit pour "travailler" les "circuits" dans la presse locale. Ainsi, dès dimanche après-midi, les réseraux sociaux des sites d'informations béninois avaient commencé à distiller l'information sur l'Internet.

De son côté, RFI avait déjà pris soin d'en servir quelques pastilles la veille, peu avant minuit. C'est donc sans surprise que l'interview se retrouvait à la une des journaux béninois, dès ce matin...

Dimanche après-midi encore, un journaliste béninois de RFI, arrivé vendredi à Cotonou, s'était fait à son tour "inviter" par le président de la République qui, dans tous ses états, lui a passé un mémorable savon : les services de l'Etat avaient été mis dans la confidence et le gouvernement redoutait l'impact de la diffusion de l'interview de Patrice Talon sur une opinion publique déjà assez méfiante quant aux graves accusations portées contre l'homme d'affaires.


Selon des informations concordantes recueillies auprès de diverses sources au sein des services de renseignement béninois, les lignes de plusieurs correspondants de presse, ainsi que celles de plusieurs responsables politiques de l'opposition, ont été systématiquement mises sur écoute ces derniers jours. Selon les informations recueillies par Afrika 7, les agents de la table d'écoute se plaindraient d'ailleurs de leurs conditions de travail et notamment d'un manque criard de matériel approprié, ce qui justifie peut-être les fritures dans les communications internationales, dont se sont récemment plaints un certain nombre de confrères de la place. Il faut dire que les écoutes téléphoniques sont monnaie courante dans ce pays. Il s'agit d'un héritage du régime de la "Révolution", qui en avait fait un sport d'élite, réservé aux caciques du pouvoir, qui pouvaient commander non seulement des écoutes d'opposants politiques, mais aussi celles de rivaux et autres conjointes à la fidélité douteuse. Par ces temps de complotite, la sécurité d'Etat a bon dos: les techniciens des services d'écoutes ne prennent plus des pincettes, si l'on ose dire, pour jouer les "dxers..."

Il faut dire que Radio France Internationale a une audience exceptionnelle dans ce pays. On se souvient que le gouvernement du Bénin, autrefois présenté comme le laboratoire de la démocratie en Afrique, avait fait couper le 7 août 2010, l'émission "Appels sur l'actualité" de RFI, en plein scandale "ICC Services"...



Dimanche après-midi, à défaut d'ordonner la suspension des émissions de RFI le lendemain matin, à l'heure de la diffusion de l'interview de Patrice Talon, le président béninois a accusé la radio française d'avoir été "achetée" et, pour faire bonne mesure, reproché au journaliste d'avoir "comploté" contre lui. Pas intimidé pour un sou, ce dernier aurait répondu que la presse ne faisait que faire son métier.


"République complotière du Bénin"

Il faut dire que le mot est à la mode au Palais de la Marina, au point que les Béninois ont rebaptisé leur pays "République complotière du Bénin."

Le journaliste auteur de l'interview, Christophe Boisbouvier, a lui aussi eu droit à son quart d'heure du courroux présidentiel, avant et après la diffusion de l'interview.

Il est vrai que le timing de la diffusion de l'interview de Patrice Talon a de quoi déranger singulièrement le chef de l'Etat béninois. Ce lundi s'ouvre en effet à Cotonou, une table ronde secteur public-secteur privé, dans le but de relancer une économie béninoise passablement minée par les ingérences politiques et les contre-performances de secteurs-clés.

L'un des objectifs affichés de cette rencontre était précisément de faire baisser la tension entre le régime et les hommes d'affaires du pays.

On se souvient aussi que le 1er août 2010, alors que le Bénin fêtait le cinquantenaire de son indépendance, le principal sujet du journal de RFI était consacré à l'affaire ICC Services, dans laquelle l'opposition avait tiré à boulets rouges sur le président Boni Yayi. Le gouvernement avait déjà répliqué, accusant RFI de complot et de sabotage...

Un poison sur la soupe

Une autre raison pour laquelle l'interview de Patrice Talon a déplu au Prince de Cotonou: dans toutes les conversations de bistrot, dans la capitale, les Béninois semblent prendre résolument leurs distances d'avec des accusations que certains présentent comme préjudiciables à l'environnement des affaires: un pays où l'on peut aussi facilement faire empoisonner le président de la République n'est pas forcément un Eldorado...

C'est dire si la diffusion de l'entretien avec Patrice Talon, tombait comme un ...poison sur la soupe.

Il convient d'ajouter à cela que Patrice Talon n'est pas un perdreau de l'année, en matière de communication. Son interview, quelle que soit par ailleurs la valeur des propos qu'il y a tenus, est un exemple du genre. L'homme a fait quelques révélations savoureuses qui devraient faire le bonheur des députés béninois lors des prochaines sessions du parlement; il a fait preuve d'une relative maîtrise de ses nerfs et d'un sens de la dialectique qui fait cruellement défaut à l'équipe en place à Cotonou.

Il n'en a pas fallu davantage pour que Yayi Boni réclame un droit de réponse à RFI. Le président béninois a cependant dit ne pas vouloir se rabaisser au niveau de Patrice Talon, en lui répondant.

C'est donc au ministre béninois de l'Intérieur, Benoît Degla, qu'il est revenu de répondre à Patrice Talon, sur RFI.

Lundi après-midi, l'enregistrement de l'interview du ministre béninois, avait déjà été effectué, en vue d'une diffusion dans la rubrique "Invité Afrique" du journal de RFI, ce mardi.

 

Publié Par Afrika.com le 29/10/2012